| Bonne
nouvelle pour les amateurs de grands vins, le marché des primeurs
est à la baisse. Et le millésime 2002 plutôt appréciable.
Jacques Dupont
A Bordeaux, les grands crus
commencent à proposer le millésime 2002 à la vente en primeur.
Beaucoup appréhendent. Guerre en Irak, épidémie en Asie, glissement
des monnaies, boycott américain sur les vins : cela faisait
sans doute très longtemps que la géopolitique n'avait autant
préoccupé les esprits des professionnels girondins. Mauvais
pour le moral, aussi, Robert Parker n'est pas venu. Le maître
à boire des yuppies a cédé, dit-on, aux suppliques de sa femme
et de sa fille, et renoncé à s'aventurer sous les staffs dorés
des châteaux médocains, où, cependant, la présence de fedayins
est assez improbable. « S'il était venu, cela n'aurait rien
changé, commente Jean-Pierre Rousseau, négociant, responsable
de la société Diva. Peut-être aurait-il soutenu les ventes
de quelques crus hyperconcentrés. De toute façon, la mode de
ces mini-cuvées s'achève. Les fameux vins de garage sont en
train de rentrer... au garage.» Ainsi, Château Quinault,
un saint-émilion fortement « parkerisé », peine à trouver preneur
à 26 euros (prix de gros hors taxe), contre 35 l'an passé...
Sur le papier, les règles
de la vente en primeur sont simples : la propriété propose un
prix, le négoce dispose. L'une cherche de la trésorerie en cédant
une partie de sa récolte à prix préférentiel. L'autre achète
des caisses virtuelles (le vin ne sera mis en bouteille que
dans un an au plus tôt) et les revend à des détaillants ou à
des particuliers. Dans la réalité, et malgré les bonnes intentions
affichées, c'est une confrontation perpétuelle entre partenaires
qui se connaissent trop bien. Avec les millésimes 95 et 96,
le négoce s'était « gavé », selon l'expression d'un producteur
dépité de n'avoir pas senti une conjoncture favorable. Du coup,
les propriétaires avaient augmenté sensiblement les prix des
97, millésime moyen.
Mais c'était à prendre ou
à laisser. Sauf que, si un négociant n'achetait pas, il risquait
fort de perdre ses « allocations » au château. Traduction :
pas la peine de revenir l'année prochaine. Depuis, le négoce
« porte » les 97 et tente de les écouler au rabais. C'était
ainsi le prix à payer pour avoir du 2000, année « mythique »
et, de surcroît, très bon millésime.
Les stocks
débordent
Cette année-là, la propriété
a vendu cher, et le négoce revendu plus cher encore. Tout le
monde était content. Avec le millésime 2001, il aurait fallu
revenir à la raison. Ça n'a pas été le cas. Résultat, les stocks
débordent. Mauvais temps, donc, pour le 2002. C'est que l'affaiblissement
du yen et du dollar par rapport à l'euro limite les envies des
Japonais et des éventuels acheteurs américains. Pour la zone
euro, en revanche, il y aura sans doute de belles affaires.
Le Brane-Cantenac, excellent margaux, vient de sortir à moins
38 %, et l'on parle d'une baisse de 20 % en moyenne. Le millésime
s'annonce plutôt moyen rive droite (Saint-Emilionnais), mais
de belle qualité rive gauche (Médoc)
A paraître dans Le Point,
le 16 mai : spécial Bordeaux 2002. |