Horeca Revue           Vinexpo 2003: Boîte du Pandore ou corne d'abondance     Septembre 2003

Le slogan promotionnel du salon biennal pourrait être:"A Vinexpo, il se passe toujours quelque chose",

Les manifestations hors site se sont encore multipliées, les associations volontaires, momentanées ou non, également. Des regroupements de châteaux d'une ou plusieurs appellations qui rassemblent la fine fleur de l'aristocratie du vin, des clubs qui ont sonné le rappel des meilleurs vignerons européens, des thèmes originaux, tels que "Union des Gens de Métiers", "Vignobles et Signatures", "Liquoreux sans Frontières" (appellation un peu abusive et non contrôlée puisque tous issu de la Gironde!), qui donnent l'occasion d'affiner les perceptions: passerillées ou botrytisés? "Tour de France des Appellations", "Cercle Rive Droite de Grands Vins de Bordeaux" (126 Adhérents), dont l'excellente politique de communication a décuplé l'audience, Tous proposent des dégustations-cocktails élitistes et passionnantes. Outre les dîners festifs dans les châteaux, certaines puissances invitantes choisissent de traiter leurs invités dans des restaurants de Bordeaux, ou encore autour d'un -B Q en Côtes de Bourg (Ch. Falfas). Des conférences, pour ne pas boire idiot: dont "La Renaissance des AOC" (une ode à la biodynamie). Et puis les idées promotionnelles qui font mouche: Bruno Paillard avait annoncé une dégustation en présence de Joël Robuchon, qui a choisi ce Champagne et rien que lui, pour son nouveau restaurant parisien (le Bl. de Bl. élaboré avec seulement 3 à 4 kg de pression, comme le "crémant" des années 70 et que Bruno Paillard recommande de garder 3 ans en cave, s'avère magnifique). Laurent Perrier tenait dégustation ouverte de ses champagnes au Club des Marques, y compris les prestigieux Delamotte (Blancs de Blancs fabuleux), Salon, tout en finesse, et Grand Siècle, qui avec seulement 45% de Chardonnay fait penser à un Blanc de Blancs: une merveille.

 
Comment allez-vous?
Fendre la foule dans les allées prend énormément de temps car chaque pas vous jette dans es bras  d'un producteur dont vous avez évidemment oublié le nom mais qui, lui, vous appelle par votre prénom (C'est la grande mode à Bordeaux). Vous découvrez ainsi que le cerlce de vos amis s'est , à votre insu, considérablement agrandi! Le métier du vin semble engendrer une mémoire physionomique à toute épreuve.
L'esprit colonial et même colonisateur a repris du service. Un nombre considérable de producteurs et de sociétés, ont choisit d'exporter leur savoir-faire en Amérique du Sud, en RSA, au Maghreb, en Australie, en Nouvelles-Zélandes. Les meilleurs oenologues y campent plusieurs mois par an, mais, parfois, c'est l'inverse, et ce sont des australiens qui viennent vinifier en France. Boisset (Bourgogne, Rhône, Midi et Uruguay) ne peut faire déguster les innombrables vins et les innombrables sociétés qu'il contrôle comme un grand capitaine-vigneron qu'il est. 

Les 4 Mousquetaires d'Aquitania: P. Pontallier (Ch. Margaux), Bruno Prats (ex Cos d'Estournel), G. de Montgolfier (Bollinger) et F. de solminihac, en cheville pour atteindre le sommet qualitatif, présentaient leur nouveau grand vin, un Cabernet chilien nommé  Lazuli du nom de ma pierre précieuse emblématique du Chili.  Ch. Olivier, qu'on a connu à la traîne dans l'AOC Pessac-Léognan, a repris du poil de la bête vineuse depuis l'arrivée d'une nouvelle équipe et se montre transfiguré. Dans la même région, André Lurton, après avoir réussi l'un des 2 meilleurs Bordeaux AOC, et avoir placé La Louvière au bel étage (sans l'aide de Franco Dragon!), s'attèle maintenant à propulser Couhins-Lurton au penthouse. Un vin superbe! L'Union des Grands Crus repasse, en boucle, la dégustation des 2001-2002 de sa cohorte d'adhérents, sans lasser les journalistes euphoriques devant les évolutions le plus souvent positives de ces crus déjà dégustés 3 fois.

Les courants d'air en vogue.
La bio continue son petit bonhomme  de "chemin" (et pas seulement en Loire ou le "chemin" se prête bien aux promenades biodynamiques). 
La bio interpelle!
Tous les producteurs de Cognac rivalisent d'ingéniosité pour créer des flacons-oeuvre d'art, à grand renfort de faux ors.
Les fumeurs du bord du site, s'agglutinent devant chaque porte (il y en a 40), afin d'accomplir discrètement (et dans la réprobation générale) leur geste compulsif.
Les Fabricants de matériel de pointe continuent à innover.
Jean-Claude Zuger (Ch. Marquis d'Alesme, 3° cru classé en 1855) s'est équipé de remorques vibrantes en plus des tables qui "parkinsonent" allègrement, éliminant les jus de goutte, les pédoncules et les baies millérandées ou avortées par la coulure. La qualité des moûts s'en trouve accrue et les interventions humaines raccourcies. Un nouveau système de choc thermique (limité) a été initié qui provoque la chute des feuilles après un seul passage dans les rangs. Le parc à barrique est maintenant alimenté par 3 tonneliers, pour une plus grands complexité? Dès le millésime 2000, les vins possèdent toutes les qualités souhaitées par les amateurs de vins actuels en phase avec la modernité oenanthique, sans rien sacrifier de la typicité margalaise. 2001 et 2002 sont peut-être encore mieux aboutis.
Le stand "Expression de Fronsac" montre la réelle suprématie des membres de ce club. Ces vins là appartiennent vraiment au Libournais au même titre que Saint-Emilion et Pomerol.

De très nombreux propriétaire de crus bordelais de haut grade, ont acquis un ou plusieurs domaines dans d'autres secteurs ou AOC. Ils s'empressent alors de gérer ces vins plus modestes avec les mêmes rigueurs, philosophies, méthodes, que leurs grand vin classé. Ce qui semble indiquer les limites de l'effet terroir! Madame Péré-Vergé, Ch. Montviel, a acquis le Ch. Le Gay à Pomerol également. Au Ch. de Viaud, Yvonne Hego-Buru a passé la main. L'oenologue en charge (Sophie Lafargue) veut en faire  un tout grand vin. En vogue également, des étiquettes aux noms superfétatoires et puérils, comme s'il fallait surprendre à tout prix. Les crus français ont tort de jouer ce jeu ridicule. 

Les Italiens, venus en force, présentent des vins de cavalerie et des vins de niche, délicieux, mais souvent hors de prix et pas vraiment en phase avec le marché. Les Bulgares, par contre, affinent leurs vins déjà savoureux, améliorent l'habillage, en conservant des prix "d'avant"! (Dom Boyar et Blue Ridge : moins de 5 euros!)

 

Un salon dans le salon était consacré au "Cercle Rive Droite", dans lequel des grands côtoient des moyens et des petits. J'ai débusqué de grands vins dans chacune des strates. Parmi les nouveaux grands-petits: Ch. Beaulieu, Amavinum du Ch. La Roche Beaulieu, Ch. La Gomerie, Ch. Joanin Bécot. Parmi les valeurs sûres : Ch. Le Bon Pasteur m'a parut encore supérieur au millésimes précédents.

Belle réussite aussi pour Grand Ormeau, Barrabaque, Fougas-Maldoror, Cassagne Haut Canon, Clinet La Fleur de Gay, Dalem, j'en oublie sans doute? Et puis, étonnant, on rencontre encore des vins pas nets, ou trop boisés, ou déséquilibrés, les propriétaires qui les présentent sont-ils inconscients ou incompétents? Au 5° jour, il ne restait pas mal au programme (Portugal, Espagne, Israël, les Sud-Américains, et puis, et puis...), mais les pieds endoloris, l'impression de poids sur les épaules, et une pliure endémique à hauteur des genoux incita à ne pas assumer les extra-times, même si d'excellents vins auraient pu y être découverts! J'envisage la trottinette pour 2005.