Le Bien Public /                 Jeudi, 25 novembre 2004          
Campagne de lutte contre l'alcoolisme
Les Bourguignons se mobilisent et rejoignent les Bordelais
La campagne de lutte contre l'alcoolisme du ministère de la Santé : « Alcool, votre corps se souvient de tout », démarrée fin novembre et dont le budget avoisine les 6 millions d'euros, a fait l'effet d'une bombe dans les milieux viticoles.
Le fameux visuel qui révolte le monde vitivinicole (repro BP-LD)
On a vite réagi du côté de Bordeaux (voir encadré) où l'on espérait une mobilisation des Bourguignons.
Contacté, hier, par téléphone, un représentant de l'AVCO (Association des viticulteurs de Côte-d'Or) a confirmé cette mobilisation. « Deux types d'action sont prévues. Le 8 décembre à Mâcon, les vignerons du Mâconnais et du Beaujolais manifesteront dans la rue. Ils devraient être rejoints par des délégations de Champagne et d'Alsace », dit-il. « Pour les vignerons de Côte-d'Or, deux solutions sont encore en réflexion : rejoindre la manifestation ou mettre, dans les points de vente distribuant du bourgogne, une cravate sur les bouteilles avec ce message. Le même qui apparaît sur les tracts distribués lors de la vente des vins : L'interdit est-il le seul avenir de la France ? »
Le texte du tract
Les Domaines et Maisons de Bourgogne ont signé ce texte :
« Le ministère de la Santé et de la protection sociale vient de sortir sa nouvelle campagne anti-alcool. Ce visuel ''trash'', insultant et diffamant, classe définitivement le vin dans la catégorie des drogues.
Mais au-delà de cet aspect, on menace notre mode de vie à la française et on prône une politique de l'irresponsabilité en considérant le consommateur comme un être inculte, insouciant, qu'il faut asséner de messages de précaution et de mise en garde.
Le beurre donne du cholestérol quand on en consomme trop : inscrivons sur le beurre que c'est dangereux pour la santé. Vous risquez une intoxication en mangeant des coquillages, gravons sur leurs coquilles ''danger de mort''. Pour les boissons chaudes, il faudra vous stipuler que vous ne devez pas les boire en conduisant. Et attention en lisant ce tract, vous risquez de vous fatiguer les yeux.
Nous sommes aujourd'hui devant un véritable choix de société. Soit une société prohibitionniste où nous ferons semblant de régler nos problèmes à coup d'étiquetage tout en acceptant de voir nos libertés réduites. Soit une société responsable cherchant à résoudre ces excès dans un esprit de responsabilité et de modération, prenant en charge les personnes dans un état de fragilité avec intelligence et compassion.
Oui, nous sommes en colère non pas en tant que viticulteur ou négociant, mais en tant qu'Homme.
Oui, nous réagirons, non pas en tant que producteur et éleveur de vin mais en tant que citoyen attaché à son pays et à son savoir vivre.
Oui, nous continuerons à boire du vin, car nous sommes responsables et nous prônons une consommation modérée et bénéfique pour la santé.
Il y a quelques mois, nous posions cette question : l'interdit est-il le seul avenir du vin ?. Cette question est dépassée. Celle que nous devons aujourd'hui nous poser tous, en tant que citoyen, est : l'interdit est-il le seul avenir de la France ? »
Gilles MATHIEU
Le hic de la goutte en plastique
Le Cercle rive droite, qui regroupe 120 viticulteurs du Bordelais, envisage de porter devant la justice, la campagne de lutte contre l'alcoolisme lancée par le ministère de la Santé. En effet, sur le visuel de cette campagne, la fausse goutte de vin est en plastique pour donner l'image du sang. Selon des spécialistes, « cette image abuse le consommateur et dénature l'image du produit ». Ce qui serait répréhensible aux yeux de la loi. « D'autant qu'elle ne respecte pas non plus la loi Evin, a déclaré, dimanche, Bertrand Devillard, responsable de la communication au Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne, puisqu'elle représente du vin sans recommander une consommation modérée et ne mentionne pas que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé. » Et M. Devillard d'ajouter : « C'est l'histoire de l'arroseur arrosé. »