Bordeaux News /    Bordeaux : 120 Châteaux                                Hors Série Juin 2003

Bordeaux est une grande famille dont la richesse réside dans la pluralité. Au fil des siècles, Bordeaux a offert au monde une palette de vins, à forte personnalité, attachants, séduisants et souvent enviés.

L'histoire nous a démontré que les premiers à véhiculer cette notoriété bordelaise étaient issus du Médoc et des Graves - pour notamment des raisons de proximité du port de Bordeaux et d'occupation anglaise de plusieurs centaines d'années.

Le new french claret arrivait pour les fêtes de Noël à Londres et régalait déjà les palais anglais tandis que lorsque la flotte de printemps partait de Libourne avec à son bord les vins de notre belle rive droite, ceux-ci n'avaient plus à l'arrivée les mêmes qualités gustatives que leurs cousins de l'autre rive. C'est ainsi que la rive droite, par l'entremise indirecte des hollandais soucieux de préserver nos nectars de l'oxydation, a révolutionné les habitudes de conservation grâce à la mèche soufrée.

Le deuxième apport innovant s'est produit en 1948, rive droite encore, lorsque la Jurade de Saint-Émilion s'est recréée, ressuscitant le soutien logistique et le label de qualité que la charte de Falaise avait accordé aux vins de Saint-Emilion. Cette deuxième démarche innovante de notre rive a ainsi suscité les multiples vocations des confréries viticoles, qui, par le biais du Grand Conseil portent aujourd'hui encore haut et loin la renommée des vins de Bordeaux.

Ce ne fut ensuite plus qu'une considération d'ordre géologique qui a amené notre rive droite, par ses dominantes de terroir argileux, à élire un cépage dominant : le merlot. Son assemblage avec le Cabernet Franc et le Cabernet Sauvignon confère aux vins de la rive droite toute leur rondeur, toute leur profondeur, toute leur subtilité,  non dénuée d'élégance.

Le quatrième facteur qui nous démarque tient de notre histoire humaine. La création des propriétés de notre rive est le fruit de l'histoire de nombreux paysans vignerons qui,  à force de ténacité et de labeur, viscéralement attachés à leur terroir, ont constitué au fil des générations de petites exploitations familiales. Le concept de vin de garage n'est donc pas un concept fortuit. Il découle pour partie aussi de la poursuite d'une longue tradition de vins issus de plus petites entités que sur l'autre rive.

Enfin, l'avant dernière  exposition universelle du siècle dernier entérina une hiérarchie de prix de l'époque.

Cette hiérarchie déboucha sur un classement,  essence même du mode de

 fonctionnement des vins du Médoc et des Graves, premier vecteur de la notoriété de Bordeaux.

 Sur la rive droite, une seule de nos 15 appellations bénéficie d'un classement : Saint-Emilion. Mais à l'inverse, ce classement est réactualisé tous les 10 ans. Il m'apparaît que la saine émulation que cette remise en cause entraîne pousse les hommes de la rive droite dans une démarche d'excellence.

N'oublions pas de saluer la mémoire et l'effort de nos amis négociants corréziens qui se chargèrent de poursuivre l'œuvre entreprise à Pomerol par la pionnière du marketing que fut Madame Loubat à Pétrus.

Le savoir-faire des hommes de notre rive qui les premiers se sont mobilisés dans les années 80 est tellement courtisé qu'il s'exporte tout autour du monde et même sur l'autre rive.

Et si les deux appellations phares que représentent Saint-Emilion et Pomerol sont bien à l'origine de l'exigence de qualité, ce particularisme a entraîné d'une manière incroyable les 13 autres appellations dans une démarche identique.

Il fallait donc que se crée un lien transversal qui unisse ces 15 appellations de la rive droite sans se substituer à la défense des appellations parfaitement orchestrée par les syndicats d'appellation et le CIVB. Mais il fallait vraiment que se constitue un cercle d'amis, mus par l'exigence de la perfection, sans cesse novateurs.

En 2 mois de temps, ces amis ont su se reconnaître, s'apprécier, se retrouver tous  sous une seule et même bannière. Celle du Cercle Rive Droite de Grands Vins de Bordeaux, dont j'ai l'honneur et le privilège d'assumer, élu par mes amis, la présidence pour ces trois prochaines années.

Bordeaux maintenant vit donc un parfait équilibre bi-polaire. Bordeaux ne peut plus seulement se proclamer référence qualitative mondiale. Bordeaux doit se "frotter" aux vins du nouveau monde et mériter les parts de marché qui nous sont actuellement difficilement réservées. Bordeaux ne doit pas solder ses vins, dans un vaste mouvement de rapt anxieux. Bordeaux doit prolonger sa quête de qualité. Et cet aboutissement nous permettra tout naturellement de retrouver par un judicieux rapport qualité-prix notre leadership aujourd'hui contesté.

Le mouvement qu'initie notre Cercle est tellement contagieux qu'il est un des garants de la fierté que nous partageons tous d'être bordelais.