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Bordeaux
est une grande famille dont la richesse réside dans la pluralité.
Au fil des siècles, Bordeaux a offert au monde une palette de
vins, à forte personnalité, attachants, séduisants et souvent
enviés.
L'histoire
nous a démontré que les premiers à véhiculer cette notoriété
bordelaise étaient issus du Médoc et des Graves - pour
notamment des raisons de proximité du port de Bordeaux et
d'occupation anglaise de plusieurs centaines d'années.
Le
new french claret arrivait pour les fêtes de Noël à Londres
et régalait déjà les palais anglais tandis que lorsque la
flotte de printemps partait de Libourne avec à son bord les
vins de notre belle rive droite, ceux-ci n'avaient plus à
l'arrivée les mêmes qualités gustatives que leurs cousins de
l'autre rive. C'est ainsi que la rive droite, par l'entremise
indirecte des hollandais soucieux de préserver nos nectars de
l'oxydation, a révolutionné les habitudes de conservation grâce
à la mèche soufrée.
Le
deuxième apport innovant s'est produit en 1948, rive droite
encore, lorsque la Jurade de Saint-Émilion s'est recréée,
ressuscitant le soutien logistique et le label de qualité que
la charte de Falaise avait accordé aux vins de Saint-Emilion.
Cette deuxième démarche innovante de notre rive a ainsi suscité
les multiples vocations des confréries viticoles, qui, par le
biais du Grand Conseil portent aujourd'hui encore haut et loin
la renommée des vins de Bordeaux.
Ce
ne fut ensuite plus qu'une considération d'ordre géologique
qui a amené notre rive droite, par ses dominantes de terroir
argileux, à élire un cépage dominant : le merlot. Son
assemblage avec le Cabernet Franc et le Cabernet Sauvignon confère
aux vins de la rive droite toute leur rondeur, toute leur
profondeur, toute leur subtilité,
non dénuée d'élégance.
Le
quatrième facteur qui nous démarque tient de notre histoire
humaine. La création des propriétés de notre rive est le
fruit de l'histoire de nombreux paysans vignerons qui,
à force de ténacité et de labeur, viscéralement
attachés à leur terroir, ont constitué au fil des générations
de petites exploitations familiales. Le concept de vin de garage
n'est donc pas un concept fortuit. Il découle pour partie aussi
de la poursuite d'une longue tradition de vins issus de plus
petites entités que sur l'autre rive.
Enfin, l'avant dernière
exposition universelle du siècle dernier entérina une
hiérarchie de prix de l'époque.
Cette
hiérarchie déboucha sur un classement, essence même du
mode de |
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fonctionnement
des vins du Médoc et des Graves, premier vecteur de la notoriété
de Bordeaux.
Sur
la rive droite, une seule de nos 15 appellations bénéficie
d'un classement : Saint-Emilion. Mais à l'inverse, ce
classement est réactualisé tous les 10 ans. Il m'apparaît que
la saine émulation que cette remise en cause entraîne pousse
les hommes de la rive droite dans une démarche d'excellence.
N'oublions
pas de saluer la mémoire et l'effort de nos amis négociants
corréziens qui se chargèrent de poursuivre l'œuvre entreprise
à Pomerol par la pionnière du marketing que fut Madame Loubat
à Pétrus.
Le
savoir-faire des hommes de notre rive qui les premiers se sont
mobilisés dans les années 80 est tellement courtisé qu'il
s'exporte tout autour du monde et même sur l'autre rive.
Et
si les deux appellations phares que représentent Saint-Emilion
et Pomerol sont bien à l'origine de l'exigence de qualité, ce
particularisme a entraîné d'une manière incroyable les 13
autres appellations dans une démarche identique.
Il
fallait donc que se crée un lien transversal qui unisse ces 15
appellations de la rive droite sans se substituer à la défense
des appellations parfaitement orchestrée par les syndicats
d'appellation et le CIVB. Mais il fallait vraiment que se
constitue un cercle d'amis, mus par l'exigence de la perfection,
sans cesse novateurs.
En
2 mois de temps, ces amis ont su se reconnaître, s'apprécier,
se retrouver tous sous
une seule et même bannière. Celle du Cercle Rive Droite de
Grands Vins de Bordeaux, dont j'ai l'honneur et le privilège
d'assumer, élu par mes amis, la présidence pour ces trois
prochaines années.
Bordeaux
maintenant vit donc un parfait équilibre bi-polaire. Bordeaux
ne peut plus seulement se proclamer référence qualitative
mondiale. Bordeaux doit se "frotter" aux vins du
nouveau monde et mériter les parts de marché qui nous sont
actuellement difficilement réservées. Bordeaux ne doit pas
solder ses vins, dans un vaste mouvement de rapt anxieux.
Bordeaux doit prolonger sa quête de qualité. Et cet
aboutissement nous permettra tout naturellement de retrouver par
un judicieux rapport qualité-prix notre leadership aujourd'hui
contesté.
Le
mouvement qu'initie notre Cercle est tellement contagieux qu'il
est un des garants de la fierté que nous partageons tous d'être
bordelais. |